De la permaculture au permamanagement©

Par Frédéric Demarquet – « Le mot permaculture vient de permanent agriculture, expression anglaise qui désigne une agriculture ou une utilisation soutenable du sol, sous la forme d’un jardin durable, s’auto-entretenant. La permaculture est avant tout une philosophie holistique qui englobe le jardin mais aussi l’alimentation, la santé, l’habitat et encore bien d’autres aspects de notre vie. Elle nous invite à comprendre et à respecter les processus naturels, les réseaux et les interactions à l’œuvre dans la nature, ainsi que nos propres actes. » (Extrait de « Manuel de permaculture » de Ulrike Windsberg)

 

Après m’être arraché à mon Auvergne natale à l’âge de 18 ans pour suivre des études à Paris, j’ai passé trente-deux années de ma vie dans la capitale avant de choisir de partager mon temps entre la Normandie et mon cabinet parisien. J’ai ainsi renoué avec mes racines terriennes en cultivant mon jardin dans une orientation biologique et en permaculture. Un changement progressif s’est alors amorcé avec la conscience très nette qu’il ne pouvait plus y avoir de retour en arrière. Mon mode de vie s’est transformé et, comme une évidence, un retour aux sources, mes habitudes alimentaires, de consommation, de relations à la santé et à l’environnement ont pris un virage à 180°.

J’ai ensuite fait des rencontres avec des maraichers, des éleveurs, des producteurs de lait, de céréales, de légumes oubliés, des artisans fromagers, des apiculteurs, producteurs de plantes médicinales, d’infusions, pépiniéristes… avec toutes et tous un point commun : la volonté de créer du durable dans des approches raisonnées, éthique, écologiques et en accord avec l’environnement. Très rapidement, une idée s’est imposée et ne m’a plus quitté : il est possible de « cultiver » son entreprise différemment, comme ces artisans de la terre le font sur leurs sols rendus tellement fertile par le simple fait d’en respecter le fonctionnement ancestral. Une interaction minimale qui écoute et respecte pour un rendement maximal, durable et porteur de santé. L’homme intégré à la nature et non plus dans une posture arrogante et contrôlante, détruisant par son action aveugle et avide les principes les plus fondamentaux du rendement durable.

Consultant, coach, superviseur et formateur œuvrant avec les approches systémiques et donc holistiques auxquelles je consacre une large part de mon temps de travail et de recherche,  j’ai vu là une ouverture importante vers de nouvelles manières d’accompagner les organisations et leurs acteurs vers des développements durables, rentables et source de cercles vertueux, renforçant la rentabilité tout en préservant les écosystèmes délicats que sont les organisations soumises à des pressions environnementales de plus en plus fortes. Est née alors l’idée du permamanagement© : un management durable, soutenable pour les hommes et les organisations, respectueux des processus de régulation et participant à créer de la richesse source de profits et non l’inverse. J’entends par management, toutes les techniques de gestion et d’organisation des entreprises et, par définition, les moyens humains et matériels. Ceci engendre que le permamanagement© implique une cohérence en chaine entre les différentes instances managériales et notamment une adéquation entre les attentes du management et les moyens impartis.

La permaculture est née de l’observation du monde en réseau qu’est la nature. Ainsi, c’est par l’observation des interactions existants entre les différents éléments constituant l’écosystème « nature », que les permaculteurs ont pu à leur tour agir sur cet écosystème en s’incluant et non en s’excluant. L’observation permet la cartographie qui engendre la compréhension puis la possibilité d’agir de manière raisonnée. De la même manière, accompagner des organisations et des manager vers le permamanagement©, c’est développer des capacités d’observation spécifiques ouvrant la voie vers un diagnostic de l’existant, incluant ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Ainsi, il devient possible de pérenniser ce qui doit l’être et de modifier ce qui semble nécessaire. Le consultant en permamanagement© ne pourra également faire l’économie de l’observation / diagnostic avant de préconiser et d’agir. En permaculture, l’interventionnisme est remplacé par une réflexion profonde issue de l’observation.  Avant d’agir, on observe et on se pose la question de ce que le système peut nous apprendre afin de limiter l’intervention à des gestes minimums. Il en va de même en permamanagement© : il n’est rien que je puisse faire qui me soit soufflé par le système interactionnel. Si je sais l’écouter, le système me parle et me dit où et comment agir avec une économie de moyens importante. Écouter, observer et prendre le temps. Quand ce qui parait à première vue une perte de temps devient une économie telle de moyens que le temps se récupère de manière exponentielle.

L’un des enjeux de la permaculture est de sauvegarder la biodiversité et de s’appuyer sur les interactions collaboratives entre les différents éléments : végétales, animales, minérales… On considère alors qu’un réseau existe lorsque se crée le plus grand nombre possible d’interactions bénéfiques. Ainsi, en permamanagement©, il convient de privilégier la diversité et d’engendrer ces mêmes interactions collaboratives entre les éléments vivants (êtres humains) mais aussi avec les éléments inertes tels que les locaux, les machines, les outils, les process divers, les règles, la culture… afin de développer le maximum d’interactions bénéfiques ouvrant vers la bonne santé relationnelle, émotionnelle, cognitive et physique, garantissant ainsi un fonctionnement optimum tourné vers le résultat, à savoir la rentabilité ou (et) la qualité de service. Lorsqu’une bonne santé relationnelle s’instaure, on peut alors parler d’éco-relations.

Les permaculteurs savant que certaines espèces seront plus adaptées que d’autres à certains écosystèmes. Aussi, ils vont privilégier les espèces les plus porteuses d’effets positifs. En permamanagement©, il s’agit de repérer que certains éléments d’un système organisation, qu’ils soient humains ou inertes, sont plus adaptés que d’autres. Ainsi, tout en privilégiant la diversité, il peut s’avérer nécessaire de modifier des compositions d’équipes, de revoir des process, de modifier l’outil de travail… Aucune règle ne pourra néanmoins se répéter d’une organisation à une autre car les écosystèmes seront différents et il conviendra de toujours passer par l’observation et le diagnostic avant d’agir.

Le but d’un jardin pour l’homme est de faire pousser des légumes, des fruits ou des fleurs. Le but d’une entreprise est de créer de la productivité pour sa survie, des bénéfices, des services efficaces pour les entreprises publiques. Un jardin ne peut produire que sur une terre en bonne santé. Le terreau des entreprises, c’est l’humain. Sans l’humain, plus de productivité, de bénéfices, de services. Comme le permaculteur nourrit sa terre, l’entretien, la soigne, le permamanager© se doit de garantir la bonne santé des équipes, la motivation, l’envie de participer à l’œuvre collective. Pas plus qu’il n’est de culture sans terre, il n’est d’entreprises sans humain. Cependant, cette volonté ne peut reposer sur le seul manager et doit être partagée à tout niveau décisionnel.

Le permamanagement© se propose d’aborder différemment les organisations et leurs besoins afin de leur garantir une évolution durable, écologique et éthique. Il fait l’objet de recherches initiées au Si Institut afin de développer ces nouvelles approches et de les divulguer de manière concrètes et pragmatiques auprès des entreprises qui y seront sensibles. Cependant, s’engager dans la voie du permamanagement© ne peut se faire que dans la sincérité de la démarche pour permettre les évolutions attendues. Notre observation nous a montré trop de démarches non sincères, en termes de santé au travail entre autres, et qui aboutissent à davantage de problèmes, à une rigidification des systèmes impliquées et à de la souffrance.

Pour terminer ce billet, je vais m’adresser aux perma-sceptiques qui ont néanmoins tenu bon jusqu’ici : aborder le management organisationnel par l’analogie de la permaculture peut créer un doute quant à la démarche et je le comprends parfaitement. Je pense qu’il y a quelques années, j’aurais pu sourire à cette évocation. Planter des graines, faire germer et tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes… on est bien d’accord que ça ne fonctionne pas comme ça et ne pourra jamais fonctionner comme ça. La démarche du parmamanagement© n’est pas de proposer une vision idéaliste, voire farfelue de l’entreprise mais bien d’instaurer un travail de fond et sur mesure, s’appuyant sur des diagnostics précis et des méthodologies issues des approches holistiques et systémiques. La permaculture existait sur terre avant même l’apparition de l’homme puisqu’elle ne fait que reproduire ce que la nature sait faire sans notre intervention. De même, le permamanagement© s’appuie sur le bon sens que l’être humain peut déployer lorsqu’il est dans la conscience de faire partie d’un tout complexe, nourrit par des interactions variées et nombreuses et dans la volonté de durabilité de ce tout, au moyen, entre autres, de l’écologie relationnelle.

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