Symétrie et complémentarité dans les relations interpersonnelles

Par Frédéric Demarquet – 

Gregory Bateson, le fondateur de l’Ecole de Palo Alto a mis en évidence la notion de symétrie et de complémentarité dans les relations interpersonnelles. On les retrouve à différents niveaux : personnes, groupes de personnes, relations internationales… Toutes les interactions peuvent se définir par un échange soit symétrique, soit complémentaire, selon qu’ils sont basés sur la similitude ou la différence. Il n’est pas possible de ne pas définir sa relation à autrui et de ne pas se positionner, que ce soit fait consciemment ou non. Vouloir ne pas le faire revient déjà à le faire et donc à prendre une position. De la même manière, il est inévitable d’être positionné par ses interlocuteurs. La qualification de la relation peut se jouer à différents niveaux : compétences, rôles, estime de soi et de l’autre, puissance, force, pouvoir… et peut se verbaliser ou non.

La relation complémentaire se définit par une position haute et une position basse alors que la relation symétrique se définit par deux positions au même niveau. Et comme on ne peut pas ne pas influencer, la position d’un des éléments d’un système humain va participer à définir la position des autres éléments.

Observons les différentes configurations relationnelles par des exemples :

Imaginons Patrice et Laura, deux collègues qui travaillent ensemble sur un projet commun : ils doivent présenter bientôt ce projet à la direction de leur entreprise. Dans le cadre de cette collaboration, ils peuvent utiliser, volontairement ou non, différentes possibilités relationnelles :

1 – Patrice et Laura échangent des idées, ils brainstorment et chacun écoute et enrichie la co-construction des idées de l’autre. Ils sont alors dans une relation symétrique stable.

2 – Patrice et Laura abordent maintenant un sujet technique sur lequel Laura est davantage compétente que Patrice. Celui-ci accepte la compétence de Laura et la laisse prendre le lead sur cette partie du projet. Ils sont alors dans une relation complémentaire stable.

3 – Sur un autre sujet, Patrice prend le lead car il se sent compétent. Il se met donc en position haute. Cependant, Laura n’accepte pas cette position car elle s’estime aussi compétente et cherche à le prouver en tentant aussi de prendre la position haute. Ils sont alors dans une compétition symétrique pour la position haute.

4 – Lorsqu’ils envisagent la présentation à la direction, Laura demande à Patrice de se charger de la présentation orale en argumentant qu’il a beaucoup plus de charisme. Fabrice contre-argumente et lui explique qu’il pense au contraire qu’elle est bien meilleure que lui à l’oral. Chacun veut convaincre l’autre. Ils sont alors dans une compétition symétrique pour la position basse.

5 – Dans la cadre de leur projet, Laura et Patrice doivent rencontrer le Directeur Juridique. Laura demande à Patrice que ce soit elle qui le rencontre du fait de sa compétence dans le domaine. Patrice lui explique alors que dans son parcours, il a acquis les mêmes compétences et qu’ils sont aussi compétents l’un que l’autre. Il requalifie donc la position de Laura comme symétrique avec lui. Ils sont alors dans une compétition asymétrique pour la position haute et la symétrie.

6 – Un peu plus tard, Patrice demande à Laura de se charger de la mise en forme du visuel de la présentation en mettant en avant sa compétence et sa créativité dans ce domaine. Laura lui parle alors de la dernière présentation qu’il a lui-même préparé et lui vante les qualités graphiques dont il a fait preuve. Elle requalifie alors la position de Patrice comme symétrique avec elle. Ils sont alors dans une compétition asymétrique pour la position basse et la symétrie.

La reconnaissance du type de position et de relation en œuvre dans les relations interpersonnelles est un outil précieux et un indicateur fort utile pour faire évoluer la relation. Un communicant efficace est un communicant conscient qui développe une palette de possibilités importante et qui va agir en fonction des objectifs, de la situation, du contexte, des différents acteurs impliqués et dans le respect de chacun. Il ne subit alors plus la relation et peut faire des choix volontaires et efficaces, dans le respect d’une communication de bonne qualité. Stratégiquement, il n’y a pas de position meilleure qu’une autre : tout dépend de la nature de la relation et des objectifs et enjeux de ces interactions. Par exemple, un manager peut faire le choix de la position basse pour encourager ses collaborateurs à prendre des décisions et les valoriser. Et il peut aussi prendre une position haute pour les sécuriser. Il peut créer une compétition symétrique pour la position haute afin de développer leur sens de la compétition et du dépassement de soi. Par une compétition symétrique pour la position basse, il peut amener un collaborateur à sortir de la plainte…

Pour conclure et comme souvent dans des approches interactionnelles, le meilleur choix est sûrement de maintenir la souplesse et de savoir changer de position et de type de relation aussi fréquemment que nécessaire. Ne pas se figer dans un mode relationnel est préférable. Nous avons tous en tête des exemples de relations ou nos interlocuteurs sont presque constamment dans des compétitions relationnelles symétriques ou asymétriques inadaptées à la situation ou dans des complémentarités systématiques en position basse ou haute bien que le contexte demanderait sûrement un changement de cap. Et nous avons pu remarquer que ceci mène bien souvent à des impasses. Cependant, si l’on pense systémique et co-influence, il n’y a aucune fatalité puisque le changement de position d’un des acteurs ne peut pas ne pas faire bouger les lignes dans la relation.

Articles similaires

nec leo Lorem amet, Donec sem, Donec